« Le Kasaï est-il en train de devenir un nouveau Kivu, avec ses morts et son insécurité permanente ?, s’interroge le site d’information Afrikarabia. Depuis maintenant huit mois, constate-t-il, des poussées de violence enflamment régulièrement le centre de la RDC. […] Selon l’ONU, plus de 200 000 personnes déplacées ont été enregistrées depuis le début du conflit, tandis que plus de 400 sont mortes à la suite des affrontements entre l’armée, la police congolaises et les miliciens du chef traditionnel Kamuina Nsapu. […] Le début du conflit remonte à l’été 2016, rappelle Afrikarabia, lorsque ce gourou, à la tête d’un mouvement politico-religieux, décide de partir en croisade contre Kinshasa et ses représentations locales afin de dénoncer la corruption et les gabegies de l’Etat central. Leur chef est tué en août 2016 au cours d’une opération militaire particulièrement violente. A partir de la mort de ce chef de milice, la province plonge dans un engrenage représailles/répressions qui s’étend aux autres Kasaï, oriental et occidental. En février, relate encore Afrikarabia, le cycle de la violence s’amplifie après la diffusion d’une vidéo montrant des soldats congolais tuer à bout portant des adeptes de Kamuina Nsapu armés de simples bâtons. La vidéo fait grand bruit. Le gouvernement nie d’abord son authenticité avant d’autoriser la nomination d’une commission d’enquête sur ce qui ressemble à des exécutions sommaires de civils. Quelques jours plus tard, trois fosses communes sont découvertes en rapport avec les violences enregistrées depuis l’insurrection du groupe Kamuina Nsapu. »

« L’enquête va faire mal »

Mais il y en a d’autres encore… Au moins huit autres charniers ont été découverts dans le Kasaï-Central. Révélation hier de l’agence britannique Reuters et de RFI.

Qui plus est, RFI a pu avoir accès à d’autres vidéos montrant des exactions : des vidéos qui datent de janvier 2017 et d’août 2016 et qui de nouveau semblent confirmer l’usage disproportionné de la force par l’armée congolaise vis à vis de membres présumés de la milice Kamuina Nsapu au Kasaï, des civils pour la plupart désarmés.

Exécutions sommaires, fosses communes… « L’enquête va faire mal », s’exclame le site d’information congolais Actualité CD).

Pour le quotidien Aujourd’hui à Ouaga, il est clair que « ces fosses communes, ajoutées aux vidéos qui montrent des soldats congolais exécutant des miliciens, accablent l’armée congolaise. Celle-ci s’est montrée d’une grande férocité contre des gens qui s’opposaient à eux avec des coutelas et des bâtons. Les soldats qui ont été désignés pour “mater” les rebelles ont eu les doigts lourds sur les gâchettes de leur arme, créant des hécatombes qui auraient pu être évitées. […] Il faudrait que la justice congolaise se saisisse vite de cette affaire pour faire toute la lumière. Les vrais coupables doivent être trouvés et punis comme tels. Pas de petits poissons donc qu’on exhiberait pour amuser la galerie, mais les vrais exécuteurs et commanditaires. »

Stratégie du chaos ?

Ledjely.com en Guinée n’hésite pas à accuser directement le pouvoir central de Kinshasa : « l’Etat congolais, qui s’était jusqu’ici borné à minimiser l’ampleur de la folie meurtrière à laquelle les troupes des FARDC se sont livrées dans le Kasaï-central, l’Etat congolais est confondu par la découverte macabre effectuée par nos confrères de RFI et de Reuters. Aux vidéos qui avaient été d’abord qualifiées de “montage grossier”, s’ajoutent désormais au moins 8 charniers dont on est quasi-certain qu’ils ont servi à cacher à la hâte des corps de miliciens de Kamuina Nsapu et d’innocents citoyens victimes d’une expédition punitive orchestrée par Kinshasa dans cette région du centre de la RDC. Se refusant à s’en aller, Kabila et sa clique de profiteurs ne se gênent décidément pas à massacrer pour donner l’exemple. »

Et on revient à Afrikarabia qui parle de « stratégie du chaos » : « la spirale de la violence dans les Kasaï prend racine dans la crise politique congolaise à Kinshasa, affirme le site. L’absence de l’Etat, le délitement de l’armée congolaise qui balance entre impuissance et exactions contre les civils sont bien aux sources des affrontements entre miliciens et forces de l’ordre et en explique également la durée. En maintenant plusieurs foyers de tensions aux quatre coins du pays, le pouvoir s’assure la “compréhension” de la communauté internationale, mais justifie aussi la stratégie du président congolais, “moi ou le chaos”. »

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